L’importance de la source

J’ai constaté que la plupart des gens pensent que, pour améliorer le son de sa chaîne hifi, il faut commencer par acheter de meilleurs hauts-parleurs. C’est en effet ce qui, intuitivement, paraît logique, en particulier si l’on pense que toutes les sources se valent — ce qui est le résultat du matraquage marketing qui a tant vanté le «son parfait» du CD.

Mais en fait, toutes les sources ne sont pas égales, loin s’en faut. Entre un lecteur de CD bas de gamme à quelques centaines de francs et un lecteur audiophile à 20’000.– la différence de qualité est aussi abyssale que la différence de prix!

Et finalement, ce qui est logique, si l’on y réfléchit un petit peu, c’est qu’un haut-parleur, aussi bon soit-il, ne peut pas donner à entendre les informations qu’il ne reçoit pas. Il convient de réfléchir en termes de «quantité d’informations». Sur un CD — ou dans un fichier informatique — se trouvent les informations qui correspondent au son enregistré. Pour avoir la meilleure restitution sonore possible, le problème consiste à acheminer ces informations jusqu’à l’oreille de l’auditeur en en perdant le moins possible en route, point un. Et, point deux, en déformant le moins possible le message. C’est cela, la quête du concepteur de matériel et la quête de l’audiophile: conserver, tout au long de la chaîne de reproduction, le message d’origine aussi inaltéré que possible.

Si l’on considère que 99.99 % des gens qui sont en quête du meilleur son possible n’ont pas un budget illimité, ce sont surtout les considérations financières qui poussent à se demander «quel est le maillon d’une chaîne hifi qui est le plus critique quant au résultat final?» Évidemment, chaque maillon a son importance. C’est logique, puisqu’il s’agit de perdre le moins d’informations possibles, tout au long de la chaîne. Il y a deux facteurs qui plaident en faveur de «la prééminence de la source»:

  1. Quoi qu’on fasse, on ne peut que perdre de l’information tout au long de la chaîne, jamais en gagner. Par conséquent, il est préférable d’avoir le plus d’informations possible, le plus en amont possible.
  2. Pour une différence de budget donnée, on gagne généralement plus de qualité en investissant dans la source que dans les maillons intermédiaires ou dans les hauts-parleurs.

C’est le point 2 que je vais détailler maintenant.

Il se trouve que les ordres de grandeur de prix, entre les différentes sources ou les différents hauts-parleurs ne sont pas les même. On peut avoir un excellent DAC au dessous de 1’000 francs suisse, qui permettra d’exploiter d’une manière fort convenable des hauts-parleurs à 2 ou 3’000 francs la paire. Si l’on est prêt à investir 1’000 francs de plus, il y a beaucoup plus à gagner en considérant un DAC aux environs de 2’000 francs, plutôt qu’en considérant des hauts-parleurs à 4’000 francs. Toutes choses étant égales par ailleur, pour avoir des hauts-parleurs significativement meilleurs, c’est plutôt 6 ou 7’000 francs qu’il faudrait leur consacrer. Et on arrive alors dans un niveau qualitatif où le DAC à 1’000 francs sera probablement un peu «juste», dans le sens qu’il sera loin, bien loin, de permettre aux hauts-parleurs de révéler tout leur potentiel. Tandis qu’en utilisant un DAC autour de 2’000 francs, on pourra sortir des qualités insoupçonnées des hauts-parleurs à 2 ou 3’000 francs. Pour le «cran d’en-dessus», c’est pareil: il faut, grosso modo, doubler le budget haut-parleur — on arrive alors autour de 12 à 15’000 francs — pour avoir une sérieuse amélioration. Tandis qu’en passant à un DAC à 4 ou 5’000 francs, on passe clairement dans une catégorie supérieure, même en conservant ses hauts-parleurs à 6’000 francs.

Il n’est pas rare, dans des foires ou des magasins spécialisés, de rencontrer des petites enceintes, pas très onéreuses, bien mises en valeur par du matériel extrêmement performant… et cher! Inutile de dire que le résultat est en général «bluffant». Mais c’est un attrappe-nigauds, c’est «de la triche» de mettre 15 ou 20’000.– de matériel derrière des enceintes à 1’000 ou 2’000 francs la paire! Ou alors, justement, cela prouve la justesse de la règle qui dit qu’il vaut mieux soigner la source musicale que les enceintes!

Le 18 février 2017

logo Olivier Spinnler