Un peu d’histoire

Avant l’ère du numérique — c’est à dire jusqu’au milieu des années 1980 —, une chaîne hifi typique se présentait ainsi:

La plupart des gens avaient comme source de musique un «tourne-disque» qui permettait de passer des disques vinyles — des «LP» ou des «45 tours», comme on disait à l’époque. Ou bien on écoutait la radio à l’aide d’un tuner. Les audiophiles avaient un «tourne-disque» plus soigné — et plus cher — que l’on appelait alors une «platine».

Souvent, le préamplificateur et l’amplificateur étaient réunis dans la même boîte, que les connaisseurs appelaient «ampli-préampli» ou «intégré». Pour les non-spécialistes, c’était simplement un «ampli». La chaîne se résumait alors à:

Arrivée du CD

En 1982 est arrivé le Compact Disc Audio — CD audio — généralement nommé simplement CD. Il s’agit d’un disque sur lequel le signal sonore est codé numériquement, par une suite de « 0 » et de « 1 ». Ce signal — ce code — numérique doit être convertit en signal analogique avant de pouvoir être envoyé vers un amplificateur. Les premiers appareils intégraient un «convertisseur numérique / analogique» invisible à l’utilisateur, afin de pouvoir se substituer à — ou compléter — la ou les sources analogiques dans les chaînes de l’époque. On a appelé «platine CD» ces premiers appareils. La chaîne se présentait alors ainsi:

De nos jours, on peut toujours acheter de tels lecteurs de CD, à tous les prix: de l’entrée de gamme à quelques centaines de francs au tout haut de gamme ésotérique à plusieurs dizaines de milliers de francs. Et pas mal de gens ont, encore ajourd’hui, une chaîne hifi selon ce modèle.

Apparition du DAC séparé

Il est évident que ce qui fait la qualité d’une source numérique, basée sur des CD, c’est d’une part la qualité de la mécanique, et d’autre part la qualité de la conversion du signal numérique en signal analogique. Une évolution logique a donc été, dans les années 1990, de séparer la partie mécanique et la partie «convertisseur» des platines CD en deux boîtes différentes. Cela donne ceci:

Le principal avantage de ce développement était le fait de pouvoir faire évoluer qualitativement sa chaîne hifi en améliorant le DAC, sans changer la mécanique. C’était en effet le DAC qui était le «maillon faible» de la chaîne. Il n’y avait pas tellement à gagner du côté de la mécanique — sinon à des prix délirants —, ni du côté des amplis et des hauts-parleurs. Ceux-ci avaient été considérablement développés à l’époque de l’analogique et étaient déjà capables de très hautes qualités musicales. Tandis que les convertisseurs numériques (DAC) étaient affligés des défauts que l’on attribuait au CD ou au «digital» en général: froideur du son, manque de finesse, de micros informations, d’aération, etc. Pendant toutes les années 1990, les DAC, pour les vrais mélomanes et les audiophiles, ne donnaient pas le même plaisir musical que les sources analogiques, notamment les platines vinyles.

Il n’empêche, les ingénieurs travaillaient à améliorer les DAC: amélioration du traitement des signaux numériques, amélioration de la conversion elle-même, amélioration des étages analogiques, etc. Sont apparus quelques DAC convainquants… mais ils coûtaient les yeux de la tête — 15 ou 20’000.–, parfois plus. Peu à peu, les passionnés ont commencé à croire à la «musique numérique» et à changer régulièrement leur DAC afin d’avoir de plus en plus de plaisir musical. Après des années de développements et de perfectionnements, on a enfin pu, à des prix abordables, se rapprocher, voire égaler ou dépasser les qualités subjectives des anciennes sources analogiques.

Multiplication des sources numériques

Depuis le milieu des années 2000, un nouveau phénomène a lieu: la multiplication des sources numériques. Tous les appareils de l’électronique dite «de divertissement» traitent évidemment le son d’une manière numérique: lecteurs de DVD, puis de Blu Ray, consoles de jeu, ordinateurs et même téléviseurs. Il devenait dès lors naturel que toutes ces sources proposent une «sortie son» au format numérique et que l’on puisse ainsi faire bénéficier ces appareils des qualités sonores de sa chaîne hifi. C’est ainsi que les DAC modernes sont devenus des sortes de «concentrateurs» vers lesquels convergent toutes ces sources numériques:

Il commence même à exister sur le marché des «intégrés» qui contiennent eux-même un DAC: on n’a alors plus forcément besoin d’un DAC séparé, sauf si l’on recherche le «top du top» en terme de restitution sonore.

La chaîne audiophile moderne

On constate qu’aujourd’hui, écouter de la musique, cela consiste essentiellement à amener «des « 0 » et des « 1 »» vers un DAC. C’est ainsi que l’ordinateur est devenu une source musicale, pusqu’il est lui-même une source de « 0 » et de « 1 » dont presque tout le monde dispose à domicile. On parle alors, en anglais, de «computer audio»; ce que l’on pourrait traduire par «restitution sonore basée sur l’ordinateur». À condition de prendre quelques précautions et avec un peu de savoir faire, l’ordinateur peut même devenir une vraie source de qualité «audiophile». Le schéma de la chaîne hifi audiophile, version 2012, est alors le suivant:

Les avantages, par rapport au disque vinyle et au lecteur de CD traditionnel sont:

  • Le prix.

    Comme presque tout le monde a un ordinateur, le prix de l’ordinateur en tant que source musicale est virtuellement zéro franc.

  • La facilité de manutention.

    Une fois que les morceaux de musique sont sur un disque dur, ils peuvent être facilement sélectionnés, triés, classifiés, écoutés en mode aléatoire, etc. On passe facilement d’une ambiance à une autre, on passe d’une version à l’autre d’une même œuvre, etc. On a une nouvelle façon d’explorer et d’écouter sa phonothèque.

  • La sécurité.

    Il devient facile de faire des copies de sécurité de sa musique et de les stoquer en des endroits différents. La collection musicale est alors mieux protégé des aléas (vol, incendie, inondation…) qu’une collection de disques vinyles ou même de CD.

  • La qualité sonore.

    En tant que source numérique, l’ordinateur est aujourd’hui au moins équivalent à des transports de CD (platines CD) qui coûtaient, il n’y a pas si longtemps, au-delà de 10’000.– et qui coûtent, encore aujourd’hui, plusieurs milliers de francs. Il est de toute façon supérieur aux drives «moyen de gamme» à 1’000 ou 2’000 francs.

    Quant à la combinaison «ordinateur + DAC» elle se compare extrêmement favorablement à tous les lecteurs CD intégrés, voire aux « transport + DAC » les plus ésotériques d’il y a quelques années. Dans des gammes de prix extrêmement raisonnables, on obtient des résultats sonores époustouflants.

Évidemment, comme je l’évoquais plus haut, il faut, pour le moment, un certain savoir faire pour obtenir la quintessence de ce dont est capable un ordinateur. C’est le but de ces quelques pages que de partager mon expérience et mon (modeste) savoir faire au plus grand nombre.

Le 17 février 2017

logo Olivier Spinnler